Chaudières gaz : le cri d’alarme de la filière eau chaude
CFP - Publié le 21 juin 2023
A la suite de l’ouverture de la concertation gouvernementale pour accélérer la décarbonation du secteur du bâtiment – et qui menace sérieusement les chaudières gaz dans un futur proche, les professionnels du chauffage à eau chaude, par la voix d’Énergies & Avenir, entendent faire valoir les arguments de la chaudière comme levier de décarbonation.
Depuis plusieurs mois, l’association Énergies & Avenir dénonce « une trajectoire brutale », à l’encontre de la performance énergétique, du pouvoir d’achat, de la réalité du terrain et de la mise en garde de nombreuses parties prenantes, face à la volonté des pouvoirs publics d’éradiquer les chaudières à énergie fossile. Pour ces professionnels, les chaudières sont des leviers de la décarbonation du bâtiment sur lesquels s’appuyer car elles sont toutes compatibles pour fonctionner avec des combustibles renouvelables.
Premier argument : les systèmes à eau chaude – comme les chaudières – sont plébiscités par 2 foyers sur 3 en France pour leur performance énergétique et économique. Ainsi, dans le logement collectif, les chaudières sont bien souvent les seules solutions performantes disponibles pouvant répondre aux contraintes techniques de ces habitations. Les solutions de pompes à chaleur n’étant que rarement adaptées à ces contraintes, interdire les chaudières ne laisserait comme solution pour ces ménages que le recours aux convecteurs électriques, des équipements non performants puisqu’ils fonctionnent grâce à l’effet Joule avec, en outre, un impact sur le réseau électrique.
Indispensables en zones rurales
Les chaudières sont par ailleurs indispensables dans les zones rurales dont 90 % du parc de logements (88 % des communes et 33 % de la population françaises) est constitué de maisons individuelles. Les énergies en réseaux (électricité, gaz naturel, chaleur urbaine) y sont sous-représentées, par rapport aux communes non rurales. Les systèmes de chauffage et d’eau chaude sanitaire sont donc très majoritairement alimentés par des combustibles et biocombustibles répondant aux exigences du décret1 actuellement en vigueur (biofioul, propane et biopropane). « La modification envisagée du décret implique une augmentation de 66 % de la pointe électrique dans ces communes peu denses et très peu denses. Les délestages et autres ruptures d’approvisionnement électriques se multiplieraient tout particulièrement en zone rurale. De plus, concernant le parc de maisons individuelles en milieu rural, 35 % des ménages ruraux sont en situation de précarité énergétique. Priver la ruralité des énergies hors réseaux, qui ont entamé leur feuille de route de décarbonation depuis la PPE de 2018, ferait peser une lourde charge sur les ménages ruraux et les finances publiques : changement de l’équipement de chauffage et d’eau chaude sanitaire, changement des émetteurs (radiateurs, planchers chauffants), changement de la cuisinière, travaux induits et financements indispensables à l’augmentation des capacités de production et de distribution électrique », indique Énergies & Avenir.
Et l’eau chaude sanitaire ?
En outre, souligne l’association, la question de la production d’eau chaude sanitaire, assurée par ces chaudières, n’est pas prise en compte. Actuellement, la très grande majorité des chaudières (> 70 % du marché) fournit également les ménages en eau chaude sanitaire (ECS), cela de manière instantanée. Aucune PAC n’est capable d’assurer la production d’ECS en instantané. Limiter à ce point l’emploi des chaudières impliquerait donc d’équiper les habitations de ballons électriques pour l’ECS, en plus des PAC pour le chauffage. Pour répondre aux besoins des occupants, un ballon électrique d’au moins 150 L à 200 L devrait être installé, ce qui pose la question des travaux induits et de la place nécessaire pour l’installer, dans des appartements et des logements souvent exigus. Outre la consommation nouvelle d’électricité que cela générerait, augmentant ainsi les pointes électriques, ces installations ne sont pas couvertes par les aides actuelles permettant de soutenir la rénovation thermique des bâtiments.
Autre argument choc pour Énergies & Avenir : les équipements de la boucle à eau chaude, et dans le cas présent les chaudières, sont évolutifs et compatibles avec tous types d’équipements de la chaleur renouvelable. Ils peuvent donc aujourd’hui fonctionner majoritairement avec une énergie fossile ou bien venir en soutien d’un système hybride associant une PAC ou du solaire thermique, et demain resteront compatibles avec les énergies renouvelables comme les biocombustibles et bioliquides. Leur durée de vie n’est donc pas un frein aux énergies nouvelles. Pour soutenir et accélérer le développement des énergies renouvelables, il convient de soutenir les équipements capables de les accueillir.
« Un contresens ! »
« Interdire les chaudières « à énergie fossile » est un contresens ! Toutes les chaudières sont certifiées pour fonctionner avec des combustibles renouvelables. Cela a même été repris dans la révision de la directive UE pour la performance énergétique des bâtiments. Interdire ces chaudières c’est se priver des leviers pour accélérer le recours à la chaleur renouvelable », s’exclame Philippe Méon, président d’Énergies & Avenir.
La filière française du chauffage à eau chaude – industrie, distribution et artisanat confondus –représente plus de 300 000 emplois non délocalisables. Ces équipements, dont en majorité les chaudières, sont fabriqués en France dans une vingtaine de sites industriels, par des groupes français ou européens pour lesquels la France est un marché majeur, représentant plus de 8 000 emplois industriels. « Ces sites participent au tissu industriel de notre pays et au dynamisme des territoires. Interdire ou limiter fortement leur production irait à l’encontre de l’objectif recherché par le projet de loi à venir sur la réindustrialisation verte. De plus, si la production des PAC se développe rapidement, elles restent un équipement dépendant de composantes asiatiques ne permettant pas d’avoir une filière indépendante européenne », conclut Énergies & Avenir.

