Décarbonation : un boulevard pour la PAC
CFP - Publié le 31 mars 2022
Lors de la 6e Journée de la Pompe à chaleur le 29 mars dernier, filière professionnelle et représentants des pouvoirs publics n’ont eu de cesse de le réaffirmer : la PAC est la technologie phare qui devrait permettre de décarboner le secteur du bâtiment et ainsi contribuer aux objectifs nationaux et européens de neutralité carbone d’ici à 2050. Cet équipement technique a donc une grosse pression sur ses épaules ! Mais si sa performance est incontestée, il ne réussira tout de même pas tout seul à faire des miracles : son déploiement devra être accompagné de mesures sur l’isolation et les rénovations globales, d’un soutien au développement dans le collectif, d’une montée en compétence de la filière mais aussi d’une adaptation des réseaux de distribution électrique.
« Toute notre politique consiste à tuer le charbon, tuer le pétrole, tuer le gaz naturel pour aller vers un mix énergétique totalement décarboné. La guerre en Ukraine est un facteur important pour accélérer la sortie des énergies fossiles, qui était déjà un objectif fort pour nous. » On ne pourra pas l’accuser de langue de bois, et la filière gaz appréciera – ou pas. Olivier David, chef de service Climat et Efficacité énergétique au ministère de la Transition écologique, n’y est pas allé par quatre chemins. « La France est parfaitement alignée avec ce qui est fait au niveau de l’Europe et avec la présidence française, a-t-il poursuivi. L’objectif de réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre à 2030 est très ambitieux mais, dès 2017, la France s’est fixé comme objectif la neutralité carbone en 2050, et de diviser les consommations énergétiques par deux. Ce qui veut dire décarboner totalement les consommations. Cela passe par l’électricité renouvelable mais aussi par le nucléaire, la chaleur renouvelable, le solaire thermique, la géothermie et la biomasse sous ses différentes formes. » Mechthild Wörsdörfer, directrice adjointe de la direction Energie de la Commission européenne, avait en effet auparavant rappelé les objectifs européens, dont l’accélération est évidente en raison du contexte géopolitique actuel. Sortir de la dépendance au gaz russe est devenu la priorité numéro un de la direction de l’Energie.
40 millions de remplacements de chaudières d’ici 2030
« Nous devons réduire des deux tiers la dépendance au gaz russe immédiatement, d’ici l’hiver prochain, a-t-elle alerté. Rappelons que 40 % du gaz dans l’Union européenne est importé de Russie (17 % en France, ndlr), ainsi que 90 % du pétrole et 45 % du charbon. Il est impératif de reconstituer les stocks de gaz européens, de diversifier les approvisionnements, de développer les gaz renouvelables. Mais, plus important encore, il faut développer toutes les énergies renouvelables – avec un objectif de 40 % en 2030 –, stimuler l’efficacité énergétique, augmenter l’électrification et limiter les besoins de développement des infrastructures. » Autre préoccupation majeure : les prix des énergies qui flambent. Le 13 octobre dernier, une boîte à outils a été publiée afin d’aider les Etats-membres à prendre des mesures pour accompagner les consommateurs les plus vulnérables. Mechthild Wörsdörfer a également rappelé qu’en décembre, la directive sur la performance énergétique des bâtiments a fait l’objet d’une révision proposant d’un côté que tous les nouveaux bâtiments soient à zéro émission d’ici 2030 et, d’un autre côté, mettant en exergue la nécessité de faire un effort plus important sur les bâtiments existants, avec même une rénovation obligatoire pour les moins performants. « Cela induit de donner une définition d’une rénovation profonde qui implique efficacité énergétique et énergies renouvelables, a précisé Mechthild Wörsdörfer. Selon notre étude, ce sont 40 millions de logements existants qui devraient remplacer leur chaudière à combustible fossile par des alternatives de systèmes de chauffage à faible émission de carbone d’ici 2030. »
« Pousser au niveau politique »
C’est dans ce contexte de volonté de décarbonation doublée d’une urgence en réponse à la crise avec la Russie que la pompe à chaleur est la star toute désignée des systèmes énergétiques de demain. De ce fait, au niveau européen, les objectifs ont été revus à la hausse, a indiqué la directrice adjointe à l’énergie. Selon elle, au moins 30 millions de PAC air/eau devraient être installées d’ici 2030, dont 10 millions d’ici 2025. « Pour que cette ambition soit possible, il faut pousser au niveau politique ainsi qu’au niveau de l’industrie. Les PAC sont les plus efficaces dans les bâtiments neufs mais limiter l’installation de PAC aux seules nouvelles constructions ou rénovations complètes n’est pas une option. Le plan devra prendre en compte des solutions d’isolation des bâtiments afin d’éviter les effets contre-productifs. » Et d’ores et déjà anticiper de potentiels points de blocage en adaptant par exemple les réglementations produits afin de rendre les PAC encore plus attractives. L’étiquetage énergétique est en révision. Il passera de l’échelle actuelle A+++ à un classement de A à G. Les chaudières gaz seront reléguées de la classe A à la classe F et les PAC se répartiront dans les classes B, C et D.
Mais pour répondre à cette accélération du développement des PAC, la filière va devoir suivre. Mechthild Wörsdörfer a souligné le manque de travailleurs qualifiés, affirmant que les investissements dans la formation initiale et continue devront être rapidement intensifiés. Côté industrie, François Deroche, président de l’Association française pour les pompes à chaleur (Afpac), affirme que les fabricants sont prêts. Mais tous deux ont rappelé que la situation actuelle de pénurie de matières premières et de composants électroniques risque peut-être de compliquer les choses…
Retrouvez la suite de cet article et l’intégralité du compte rendu de la 6e Journée de la pompe à chaleur dans le numéro d’avril de Chaud Froid Performance (CFP n° 864).

