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DPE : « Pour ne pas avoir la fièvre, on casse le thermomètre » (Jean-Paul Ouin, Energies & Avenir)

CFP - Publié le 09 juillet 2025

Après l’annonce de l’abaissement du coefficient de conversion de l’électricité dans le calcul du Diagnostic de performance énergétique (DPE) à 1,9 au 1er janvier 2026, les réactions de la filière sont vives. Points de vue de Jean-Paul Ouin, président de l’association Energies & Avenir, et de Pascal Housset, président de l’UMGCCP.

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(c) Ministère de la Transition écologique

« Il s’agit d’une absurdité politicienne », lance Jean-Paul, président de l’association Energies & Avenir. « On ne sait d’ailleurs pas par quel véhicule législatif ou réglementaire on en arrive à ce résultat puisqu’il est communément admis que cela ne repose sur rien de scientifique. » Ce dernier représentant la filière de la boucle à eau chaude, il clame qu’il s’agit d’une « imposture ». « Cela est très mauvais pour la boucle à eau chaude et pour les pompes à chaleur air/eau, ne favorisant que le chauffage électrique direct qui, on le sait, est le système présentant la moins bonne efficacité énergétique. La situation des Pac air/eau était déjà très mauvaise, ça va être encore pire. » Et côté consommateurs, le constat est du même ordre : « c’est une grosse arnaque ! » Les coûts énergétiques risquent en effet de ne pas baisser si les propriétaires n’ont plus l’obligation d’engager des travaux de rénovation sur les logements concernés.

Pour appuyer son discours, Jean-Paul Ouin fait référence à la directive européenne Ecodesign. « A Bruxelles, dans le calcul de l’efficacité énergétique des équipements, le passage à un coefficient de 1,9 avait été envisagé dans les projets de refonte de la directive. Mais cela n’a jamais eu lieu, l’Europe a renoncé. Alors de quoi parle-t-on ? Donc pour remettre sur le marché des épaves thermiques, c’est comme si, pour ne pas avoir la fière, on cassait le thermomètre. » Pour le président, il aurait mieux valu s’attacher à stabiliser et fiabiliser un DPE qui ne défavoriserait pas la boucle à eau chaude.

« Nous prenons acte de la décision, maintenant agissons »
De son côté, Pascal Housset, président de l’UMGCCP, prend acte de cette décision « sans surprise » au vu des échanges qu’il a pu avoir avec les pouvoirs publics ces dernières semaines. « Nous regrettons qu’une fois de plus, une décision politique ait été prise sans réaliser au préalable une étude d’impact neutre. » Seules l’Afpac et Coénove ont réalisé des études mais Pascal Housset prône une position plus médiane. « Au niveau de la FFB, évidemment la crainte est de voir sortir artificiellement des classes F ou G plus de 800 000 logements qui présenteront toujours des consommations énergétiques élevées avec des propriétaires beaucoup moins enclins à effectuer des travaux puisqu’ils n’en n’auront plus obligation. La deuxième crainte, bien sûr également, est d’observer un recours massif au radiateur électrique. »

Ecoutant la voix de la raison, il s’agit maintenant pour Pascal Housset de déterminer quelles sont les actions à mener pour malgré tout continuer à décarboner les bâtiments et rendre vivables ce type de bâtiments. « Dans la balance, il y a aussi ce sujet dont on doit discuter avec les pouvoirs publics : quid de la TVA sur la climatisation ? On sait que ces logements, froids l’hiver et très chauds l’été, représentent souvent un gisement d’installations de climatisation. Aujourd’hui, on ne comprend pas pourquoi la climatisation est pénalisée en rénovation en résidentiel avec une TVA à 20 % alors que les Pac air/air sont éligibles à MaPrimeRénov’ dans le cadre de travaux d’ampleur. » Il s’agit donc de pouvoir proposer plus massivement des solutions de Pac air/air réversibles dans ces logements qui sortent des classes F et G avec le nouveau calcul, afin de ne pas favoriser l’effet Joule. « Ce n’est pas parce que le coefficient change que le gisement de travaux n’existe plus. »

Cap sur la ventil
Autre mesure qui viendra prendre place dans le plan d’actions qui va être rapidement élaboré : « En ce qui concerne le génie climatique – ce sera du ressort de la FFB pour la prise en compte de tous les corps d’état concernés par l’accompagnement au niveau du bâti –, il nous faut continuer à proposer les travaux de ventilation. Même avec un changement de DPE, il est important de continuer à améliorer la qualité de l’air intérieur de ces logements. C’est le travail de fond mené par l’Association française de la ventilation (AFV, dont Pascal Housset est aussi président, ndlr) qui embarque toute la filière. » Bonne nouvelle : l’AFV a intégré le « Roquelaure de la qualité de l'air » mené par le ministère de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique afin que la QAI y soit bien intégrée. Sachant toutefois que les CEE sur la ventilation sont sur la sellette… Une première victoire avait été remportée avec la TVA à 5,5 % sur les mono-gestes en ventilation mais la bataille est loin d’être gagnée.

En attendant la prochaine : la possible augmentation de la TVA à 20 % sur les Pac hybrides…

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