GCCP : « Pas d’excuse pour ne pas faire de réemploi »
CFP - Publié le 26 mai 2025
Lors d’une soirée de conférence organisée le 20 mai par l’Amicale Max’P au GCCP, le Syndicat des entreprises de Génie Climatique et Couverture Plomberie, Sébastien Duprat a partagé sa vision du réemploi. Une solution industrialisable et nécessaire.
Sébastien Duprat a effectué un parcours dans l’ingénierie et la maîtrise d’œuvre. En 2017, il fonde Cycle Up, plateforme dédiée au réemploi. « J’ai tout laissé pour créer une boîte qui ne faisait que du réemploi, rien que du réemploi », raconte-t-il. Une aventure entrepreneuriale qu’il poursuit aujourd’hui pour lancer Prima Loga. Il défend une approche plus ciblée du réemploi : industrialiser certaines chaînes de valeur spécifique. « Il ne s’agit pas de tout faire de A à Z, mais de devenir un fournisseur robuste et fiable sur quelques familles de produits en zones grises ». Il prône une stratégie d’efficacité : concentrer les efforts là où les standards n’existent pas encore, pour combler les lacunes du marché du réemploi.
Matériaux rares, prix instables...
Sébastien Duprat commence par un détour… chimique. Il affiche la classification périodique des éléments, modifiée pour mettre en évidence les ressources rares. Zinc, cuivre, nickel : autant d’éléments utilisés au quotidien dans la construction et dont les stocks diminuent. « On commence à manquer de zinc pour les toitures, de cuivre pour les câbles électriques, de nickel pour les aciers », explique-t-il, balayant l’idée que ces tensions ne concernent que l’électronique ou les batteries. Même les ressources les plus courantes deviennent stratégiques. À cela s’ajoute une donnée géopolitique lourde de conséquences : « Ces ressources ont le mauvais goût d’être rarement dans des pays amis, rarement dans des démocraties et rarement juste à côté de chez nous ». Selon lui, cette dépendance extérieure fragilise les chaînes d’approvisionnement.
Il évoque aussi les événements qui ont perturbé les marchés : le Covid, les blocages logistiques comme celui du porte-conteneurs Ever Given dans le canal de Suez, ou encore les crises énergétiques. « Dès qu’il y a des crises logistiques ou géopolitiques, on voit l’impact sur les prix, qui peuvent exploser » Et les professionnels du bâtiment en subissent les conséquences directes. « On vous demande de vous engager sur des prix pour 2028, alors qu’on ne sait même pas combien coûtera le mètre de cuivre dans trois mois », ironise-t-il. Dans ce contexte d’incertitude, le réemploi devient aussi un outil de sécurisation de l’approvisionnement.
Le réemploi, un levier stratégique pour le secteur
Les blocages restent nombreux sur le réemploi. Trop souvent perçu comme marginal, le réemploi peine encore à s’imposer dans les appels d’offres, les pratiques de chantier . Sébastien Duprat s’attaque à ces idées reçues. « La vraie réponse, c’est qu’il n’y a pas de problème, il suffit de s’y mettre », affirme-t-il. Selon lui, les outils existent, les exemples se multiplient. C’est tout l’objet du livre qu’il a récemment publié : « Petit manuel du réemploi des matériaux et produits de construction ». Un guide pratique pour dépasser les blocages techniques, juridiques ou logistiques. « Ce secteur a un rôle stratégique. Vous êtes en première ligne. Ce n’est pas juste une question de conviction écologique, c’est une manière de sécuriser vos chantiers, vos marges, vos délais », explique Sébastien Duprat devant l'assemblée.
La conférence s’est poursuivie avec l’intervention de Constance Fichet, fondatrice des Toits de Paris, qui a partagé une autre facette du réemploi appliquée à la couverture parisienne. « Les ardoises, les tuiles peuvent aussi s’utiliser en réemploi, sur des toitures ou comme bardages, voire en mobilier urbain », précise Constance Fichet.

