Le CSTB rassemble les acteurs autour des eaux impropres à la consommation
CFP - Publié le 19 juin 2025
Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment a réuni experts institutionnels, industriels et techniques autour de la réutilisation des eaux impropres à la consommation humaine (EICH). Objectif : faire converger réglementation, l’innovation pour construire un cadre opérationnel.
Lors de la séance d’ouverture, Charlie Bories, représentant de la Direction Générale de la Santé a détaillé les dernières avancées réglementaires. Le décret et l’arrêté de mars 2025 élargissent les possibilités d’usage des eaux impropres à la consommation humaine dans les bâtiments, tout en les encadrant strictement. « Le nouveau cadre vise à sortir d’un système dérogatoire pour intégrer directement les règles dans le Code de la santé publique, avec des exigences de qualité, de suivi sanitaire et de traçabilité », a-t-il expliqué. Les eaux concernées incluent notamment les eaux pluviales, eaux de forage, eaux grises issues de lavabos, douches, machines à laver, ou encore les eaux de piscines collectives. Les usages autorisés sont variés : lavage du linge, nettoyage des surfaces extérieures, arrosage, WC, ou encore fontaines décoratives. En revanche, l’usage en boucle (circuit fermé) reste interdit, et des restrictions s’appliquent pour les établissements recevant du public sensible (EHPAD , hôpitaux…).
Des projets REUT de plus en plus aboutis
Une des tables rondes a permis de mettre en lumière des exemples concrets, en particulier en Seine-Saint-Denis, territoire pilote où l’ARS Île-de-France a suivi sept projets REUT (Réutilisation des eaux usées), notamment dans le cadre des Jeux Olympiques 2024. Ces projets, utilisant des eaux de piscine, des eaux grises ou encore des eaux retraitées sur site (comme dans une caserne de pompiers), ont été co-construits avec les autorités sanitaires. Dans cette caserne, un système de phytoépuration en toiture a été mis en place, avec un usage saisonnier et un suivi via capteurs connectés. Ce projet illustre la rigueur nécessaire : dix mois d’échanges entre porteurs de projet et ARS ont été nécessaires pour fiabiliser l’installation.
La montée en compétence des professionnels
Etienne Faure, responsable technique et réglementation chez PUM (groupe Saint-Gobain), souligne que la majorité des installations des 15 dernières années concernaient uniquement des usages extérieurs. Le réemploi à l’intérieur reste à construire. « Il faut former les installateurs aux bonnes pratiques, intégrer la maintenance dès la conception, et responsabiliser l’ensemble de la chaîne », résume-t-il.
E. Dupas, expert chez Dalkia, a partagé son retour d’expérience sur les problématiques de stagnation, baisse des températures, ou développement microbiologique, déjà observées sur les réseaux classiques (ECS/EFS). Il rappelle que sur ces réseaux, 5 à 10 % des installations présentent des dépassements microbiologiques. Il est donc indispensable d’intégrer les enjeux sanitaires en amont, au risque de générer de la défiance autour de la REUT. Le besoin de formation est lui aussi crucial : la filière souffre d’un manque de main-d’œuvre qualifiée, et appelle à une montée en compétence sans lourdeur excessive.
Séparation des réseaux et exigences techniques
Séverine Lefeuvre, directrice Pôle Expertise technique et règlementation chez Engie a rappelé les impératifs de conception : séparation stricte des réseaux (alimentation, trop-pleins, évacuation), facilité d’accès pour l’entretien, intégration de points de surveillance (thermomètres, manomètres, prélèvements), et stockage hors zones chaudes pour éviter les développements microbiologiques. Elle a souligné également que les contrats de maintenance s’arrêtent trop souvent aux portes des chaufferies, alors que les déséquilibres et stagnations se produisent dans les réseaux intérieurs, encore trop peu surveillés.

