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PPE 3 : les filières de l’énergie saluent l’ambition… et attendent du concret

CFP - Publié le 18 février 2026

Après deux ans et demi d’atermoiements, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) a été publiée au Journal officiel le 13 février dernier. Ecrivant la feuille de route énergétique de la France pour 2026-2035, elle vise à relancer la dynamique de la transition énergétique. Les filières, nombreuses à réagir, attendent maintenant des mesures concrètes sur le terrain.

Electrification

© studiogstock sur Freepik
 

Passer d’environ 60 % d’énergies fossiles aujourd’hui à environ 60 % d’énergie décarbonée dans la consommation finale d’ici à 2030, puis 70 % en 2035, telle est l’ambition de la nouvelle PPE. Elle s’accompagne d’un grand Plan d’électrification des usages qui s’articule autour de quatre groupes de travail – industrie, numérique, bâtiment, transports – dont les premières conclusions sont attendues au mois de mai.
Dans cette nouvelle feuille de route, l’électricité décarbonée – nucléaire + énergies renouvelables – doit fortement augmenter : 585 TWh d’électricité bas carbone en 2030 ; 650-693 TWh en 2035. Mais si les ambitions pour le solaire et l’éolien sont maintenues, elles sont révisées à la baisse par rapport à ce qui était envisagé auparavant avec, par exemple, pour le solaire photovoltaïque, 48 GW installés d’ici 2030, et 55-80 GW d’ici 2035.

A fond sur la géothermie
La chaleur renouvelable est peut-être la grande gagnante de cette PPE – passant de 72 TWh produits en 2023 à 328-421 TWh en 2035 –, et notamment la géothermie pour qui l’Etat nourrit de grandes ambitions, avec la multiplication par 5 de la production attendue : de 3,2 TWh en 2022 jusqu’à 15 à 18 TWh en 2035. Le froid renouvelable livré par les réseaux doit également croître (autour de 2,5-3 TWh en 2035). Un objectif qui signifie installer 4 fois plus de géothermies que l'ensemble de ce qui a été fait entre 1995 et 2022, c'est-à-dire que la filière doit accélérer d'un facteur 10 en 10 ans… Des ambitions saluées par le Syndicat des énergies renouvelables qui souligne la reconnaissance du rôle stratégique de la chaleur et du froid renouvelables.
« Concernant la production de chaleur solaire, l'objectif de 10 TWh à atteindre en 2035 est assorti d'un plan d’action national pour le solaire thermique (que nous avons préparé en 2025 avec l’Ademe, la Direction générale de l’énergie et du climat, et les parties prenantes) », rappelle de son côté Richard Loyen, délégué général du syndicat Enerplan. « Il nécessite de passer d'un parc installé de 2 GW à 16 GW en 2035 (soit une multiplication par 8), avec un rythme d'installation de plus d'1 GW par an à partir de 2030. C'est un véritable changement de paradigme pour le secteur. »

Appel à un mix énergétique réellement équilibré
Pour sa part, France gaz salue l’objectif affiché de 44 TWh de biométhane injecté à 2030 en ligne avec le potentiel de la filière (33,7 TWh et 1 585 projets dans le registre à fin 2025) et les quasi 16 TWh actuels des capacités d’injection, tout en regrettant que la trajectoire à 2035 n’ait pas retenu la borne haute de 85 TWh.
De son côté, Coénove salue le maintien d’objectifs ambitieux en matière de transition énergétique, notamment pour le développement des gaz renouvelables, mais indique que « l’adoption de ce texte, sans débat parlementaire et sans une approche plus équilibrée et pragmatique du mix énergétique, soulève de nombreuses questions ». L’association appelle le gouvernement à « clarifier la position sur les gaz renouvelables, à ne pas stigmatiser des équipements performants tels que les chaudières performantes ou les solutions hybrides et à amplifier les actions de réduction des consommations et de diversification du mix énergétique ».
La filière bois-énergie est moins enthousiaste et pointe du doigt une « inquiétude majeure » : la transition énergétique ne peut pas se résumer à une électrification massive des usages. Propellet, l'association des professionnels du chauffage au granulé de bois, met en garde contre l’illusion du « tout-électrique » et « appelle à un mix énergétique réellement équilibré, intégrant pleinement le chauffage au bois moderne comme solution renouvelable, locale et complémentaire » (lire l’article ici).

Les pompes à chaleur comme moteurs
Par ailleurs, la PPE 3 met clairement les pompes à chaleur au cœur de la stratégie énergétiques, en en faisant l’un des moteurs principaux pour augmenter la part de chaleur renouvelable produite d’ici 2030-2035, notamment en remplacement des chaudières au gaz ou au fioul. Dans les documents de planification, la production de chaleur renouvelable à partir de Pac devrait passer d’environ 39-41 TWh aujourd’hui à 74-100 TWh en 2030, selon les scénarios de la PPE. A rapprocher de l’objectif de la Stratégie nationale bas carbone 3 d'installer 8,8 millions de pompes à chaleur dans le résidentiel d'ici 2030, soit 850 000 installations annuelles… Un objectif de ventes a été annoncé pour 2026 de 300 000 Pac et un nouveau modèle de financement serait en préparation. Pour rappel, en 2025, environ 179 000 appareils ont été mis sur le marché, un chiffre presque équivalent à celui de 2024 (182 685). Le record est pour le moment toujours détenu par l’année 2022, quand 355 473 Pac air/eau avaient été vendues en France.

A noter : pour la première fois, une PPE est assortie d’une clause de revoyure fixée à 2027, qui coïncide avec la prochaine échéance présidentielle. Les professionnels s’inquiètent d’une possible nouvelle révision dans un délai très court, fragilisant la visibilité à moyen terme qu’ils jugent indispensable.

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