Stanislas Lacroix (Aldes) : "Il faut être capable d’avoir des réponses face aux géants de la PAC "
CFP - Publié le 22 juin 2023
Invité pour la conférence « Accélérer notre réindustrialisation » organisée en mai dernier à l’Elysée, Stanislas Lacroix, président d’Aldes et président du syndicat Uniclima, a évoqué face au président de la République Emmanuel Macron le retard des industriels français de la pompe à chaleur face aux géants asiatiques… et même européens.
En préambule de son intervention, Stanislas Lacroix a rappelé que le métier d’origine du groupe rhodanien Aldes était centré sur la qualité d’air intérieur. « Rapidement, nous nous sommes aperçus que qualité d’air et consommation énergétique étaient liées. Une question s’est alors posée : comment être plus vertueux pour avoir des bâtiments moins consommateurs d’énergie avec une empreinte carbone réduite ? On s’est donc orienté vers la thermodynamique. C’est pourquoi aujourd’hui on s’inscrit dans une transformation de l’entreprise et nous sommes comme beaucoup d’entreprises françaises de taille intermédiaire entre le marteau et l’enclume ». Avec un CA de 400 M€ et 50 % de son activité à l’international, le groupe Aldes investit 20 M€ par an avec un budget dédié à la R&D de seulement 5 %. « C’est petit dans un monde énorme puisque qu’une compétition internationale est en train d’émerger pour accompagner la transition énergétique et la développement de la pompe à chaleur. Quand nous sommes en face de grosses sociétés mondiales – plutôt asiatiques – et des sociétés européennes qui ont des capitaux énormes, il est compliqué de trouver sa voie. On a besoin d’être soutenu ».
Accélérer la réindustrialisation – qui est l’objectif du gouvernement –, Stanislas Lacroix y est bien évidemment favorable… mais il alerte les pouvoirs publics. « Il y a une incompatibilité énorme entre le rythme de ces enjeux sociétal et environnemental avec les rythmes industriels. Il faut trois à cinq ans pour développer de nouvelles gammes, et cinq à dix ans pour garantir un produit robuste. Et quand l’Europe et même la France nous annoncent que nous n’avons que deux années pour supprimer le gaz et faire émerger d’autres solutions pour couvrir toutes les applications des bâtiments… Réveillons-nous ! Il n’y a pas les produits pour ces applications. On a besoin de cohérence entre l’accélération, le rythme mais aussi la capacité des industriels à innover et à vous fournir les solutions de demain ».
« 5 milliards d’investissements nécessaires »
Stanislas Lacroix a ensuite évoqué le contraste entre les industries européennes et l’industrie française. Il explique que la France doit être à la hauteur pas seulement face aux géants asiatiques mais aussi face à ses voisins européens. « Il y a danger pour nous, industriels en France. Nous devons être capable d’avoir des réponses en face d’acteurs européens qui ont déjà compris le sujet depuis quelques temps… Six milliards d’euros sont investis ou le seront par les industriels dans les prochains mois en Europe pour développer les gammes de pompes à chaleur de demain. 5 % uniquement sont investis en France lorsque les investissements chez nos voisins polonais représentent de 20 à 25 % de ce montant, cherchez l’erreur. Pour fournir le million de PAC dont nous aurons besoin dans le résidentiel à l’horizon 2030 – aujourd’hui notre pays n’en fabrique que 250 000 –, on a besoin de cinq milliards d’investissements très rapidement pour multiplier par 4 notre capacité industrielle ! Chez Aldes, nous avons d’ores et déjà doublé les équipes de R&D en confort thermique en 2022, elles doubleront de nouveau dans l’année à venir, et nous étudions l’ouverture d’un nouveau site de production à Vitré (Ille-et-Vilaine) pour un montant s’élevant entre 15 et 20 millions d’euros – c’est bien peu par rapport aux 6 milliards d’euros mais c’est un année d’investissements pour Aldes. L’enveloppe est lourde et les temps de retour sur investissement sont longs ».
Stanislas Lacroix a conclu son discours en répétant que les industriels français avaient besoin d’être soutenus et d’avoir « un environnement stable, une trajectoire claire et cohérente pour avancer efficacement sans laquelle les industriels français ne pourront pas travailler ».

