Une troisième année de crise confirmée pour le bâtiment
CFP - Publié le 10 septembre 2025
« Bis repetita ! » pour l’incertitude qui secoue à nouveau le gouvernement et le vote du budget 2026, voire « ter repetita » pour ce qui est de la situation du secteur du bâtiment… Lors de sa conférence de presse ce mercredi 10 septembre, Olivier Salleron, président de la Fédération française du bâtiment, a brossé le portrait d’une activité à la peine.
Les estimations de la FFB à début septembre laissent craindre une troisième année de recul pour l’activité du secteur de la construction, à -3,4 % en volume. Depuis la fin 2022, la chute cumulée s’établirait alors à 9,5 %. « Comme prévu à fin mars, le logement neuf se redresse », souligne Olivier Salleron. « On ne l’observe pas encore en termes d’activité, marquée par la chute des nouvelles opérations en 2024 : elle affichera - 5,7 % hors effet prix sur l’ensemble de 2025. Mais les mises en chantier et permis progressent respectivement de 9,3 % et 16,2 % en glissement annuel sur sept mois à fin juillet 2025. » Ces mouvements s’observent dans l’individuel, comme dans le collectif, ce qui fait dire au président de la FFB qu’ils « permettent d’espérer de l’ordre de 300 000 mises en chantier en fin d’année, soit 20 000 de plus qu’en 2024, niveau qui se maintient parmi les plus faibles depuis le début des années 1990 ». En outre, si les ventes restent bien orientées côté maisons individuelles en diffus, à + 39,1 % sur la même période, notamment grâce à l’élargissement du PTZ, une nouvelle chute se dessine côté promotion immobilière, avec - 12,5 % en glissement annuel sur deux trimestres à fin juin. « Le marché n’a donc pas pris le relais du plan Action logement–CDC Habitat. »
L’amélioration-entretien ne tire plus le marché
« Comme prévu là encore à fin mars, l’activité en non résidentiel neuf connaîtra un recul d’environ 8 % en volume sur 2025. » Et l’inquiétude grossit car aucune amélioration ne se dessine pour l’ensemble, avec des surfaces commencées comme autorisées sans réelle tendance en glissement annuel sur sept mois à fin juillet. De fait, les premières s’affichent à -1,6 % et les secondes à + 3,4 %. Parmi les grands segments, il faut signaler l’effondrement continu des bureaux (respectivement - 6,2 % et - 16,7 %), l’amélioration en cours des locaux commerciaux (+ 8,0 % et +2,6 %), et l’entrée dans le choc pré-municipales pour les bâtiments administratifs (- 12,6 % et - 3,0 %).
Mais la véritable mauvaise nouvelle vient de l’amélioration-entretien. « Alors que, fin mars, la FFB espérait une modeste croissance de 0,6 % de l’activité en volume, elle craint aujourd’hui un repli de 0,8 % sur ce marché. » Pour Olivier Salleron, la succession de « rabotages » et de gels du dispositif MaPrimeRénov’ comme, dans une moindre mesure, des primes CEE, pèsent lourdement dans ce retournement de tendance. De fait, en glissement annuel sur les deux premiers trimestres de l’année, l’activité fléchit de 1 %, pénalisée par les - 1,4 % de la rénovation énergétique du logement. Le + 1,9 % du non résidentiel ne suffit pas à compenser. Or, le segment de l’amélioration-entretien pèse pour près de 57 % de l’activité bâtiment. « Sa glissade tire donc l’ensemble vers le bas. »
Recul contenu de l’emploi
La chute d’activité se traduit en recul de l’emploi, mais un recul « contenu ». De fait, salariés et intérimaires en équivalent-emplois à temps plein (ETP) confondus, le bâtiment affichait déjà la perte de 6 000 postes en 2023 et 29 000 en 2024, toutefois compensés en tout ou partie par la création de 7 000 et 9 000 emplois de chefs d’entreprises non salariés. De l’ordre de 30 000 à 35 000 pertes y compris chefs d’entreprises s’y ajouteront cette année. Au global, sur 2022-2025, la perte d’établira un peu en-deçà de 5 %, bien loin des - 9,5 % de l’activité. « Cette adaptation partielle génère une perte de productivité structurelle, source de la poussée de 22,5 % des défaillances dans le bâtiment en 2024. Il s’en suit une petite accalmie depuis, avec même une baisse de 1,7 % en glissement annuel sur le premier semestre 2025., qui laisse toutefois les défaillances à haut niveau. » Dans le même temps, les créations d’entreprises reculent rapidement, de 8,6 % précisément dans la construction y compris micro-entrepreneurs (contre +1,2 % pour l’ensemble de l’économie).
Les demandes de la FFB
Pour la FFB, deux impératifs pour mener à la reprise : relance du locatif privé (neuf et existant) sinistré via le statut du bailleur privé ; refonte des aides à la rénovation énergétique en faveur d’un système puissant, stable et reconnu par les acteurs. Parmi les autres conditions évoquées : le maintien du PTZ alors que la primo-accession se redresse ; le maintien de la RLS (réduction de loyer de solidarité) ; refonte totale de la REP (Responsabilité élargie du producteur pour les produits et matériaux de construction).
L’espoir est toutefois encore de mise à la Fédération française du bâtiment… Espoir notamment que « le chantier du siècle » de la rénovation énergétique annoncé il y a cinq ans et aujourd’hui en récession revienne enfin sur le devant de la scène. « Comptez sur nous et comptez sur moi pour être combattifs sur la rénovation énergétique qui, à ce jour, ne semble plus être d’actualité pour le gouvernement. »

