La pompe à chaleur a son centre d’expertise
CFP - Publié le 21 mai 2026
Annoncée le 11 mars dernier dans le cadre du plan gouvernemental en faveur de la pompe à chaleur, le Centre d’expertise de la pompe à chaleur (Cepac) a été officiellement présenté à l’occasion de la 8e Journée de la pompe à chaleur et fait l’objet d’une table ronde avec les représentants de ses membres fondateurs. Pour François Deroche, son président, il s’agit « d’accompagner un changement culturel profond ».
De gauche à droite : François Deroche, président de l’Afpac et du Cepac ; Jean-Philippe Laurent, directeur Stratégie et Développement du Pôle clients, services et territoires d’EDF ; Claire Courrèges, directrice générale de Domofinance ; Stanislas Lacroix, président d’Uniclima ; Pierre Claudel, directeur général du Cetiat.
La création du Cepac part d’un constat partagé : la technologie des pompes à chaleur est aujourd’hui mature, mais son déploiement reste freiné par des habitudes de marché, un manque de coordination de la filière et un déficit de formation et de confiance. L’objectif de ce centre d’expertise est donc de fédérer les acteurs de la filière afin d’accélérer l’adoption des Pac, en apportant expertise, pédagogie, outils, formation et accompagnement terrain. « La performance technique des Pac ne suffit plus : il faut accompagner un changement culturel », a souligné son président François Deroche, également président de l’Afpac, rappelant que depuis des décennies, le chauffage est structuré autour des énergies fossiles et du radiateur électrique, avec des habitudes sont profondément ancrées chez les ménages, les installateurs, les architectes et les bureaux d’études. Dans ce contexte, l’ambition du Cepac est de faire en sorte que toute rénovation étudie systématiquement une solution Pac lorsque c’est techniquement possible et, pour ce faire, mutualiser et rendre accessibles gratuitement les productions techniques de la filière. Pour François Deroche, les conditions de réussite de ce projet passent par un engagement de toute la filière – fabricants, distributeurs, installateurs, mainteneurs, prescripteurs –, la stabilité des politiques publiques et des aides dans la durée, l’importance de garantir la qualité des installations.
« C’est une superbe initiative, un dispositif de mise en synergie qui va nous permettre de passer à l’échelle », confirme pour sa part Stanislas Lacroix, président du syndicat Uniclima, qui s’engage à mettre à disposition expertise technique, documentation, données, outils divers et retours d’expérience industriels, afin de contribuer à la formation des professionnels et à la diffusion des règles de l’art.
Le financement reste central
De son côté, Jean-Philippe Laurent, directeur Stratégie et Développement du Pôle clients, services et territoires d’EDF, a confirmé que l’enjeu n’est plus la technologie mais l’accès des utilisateurs à cette solution. « Les prescripteurs de terrain – installateurs, plombiers, bureaux d’études – doivent être accompagnés. EDF apporte au Cepac un soutien financier, une expertise et un déploiement territorial grâce à notre maillage régional. » Il a également rappelé la mise en œuvre du programme « Je passe à l’électrique » avec une aide supplémentaire de 1 000 € pour les ménages modestes et très modestes.
Le financement – présenté comme un déclencheur du passage à l’acte – reste en effet central dans ce projet car, sans solutions de financement, les projets restent à l’état d’intention. « Une composante essentielle est de rétablir la confiance sur chacun des niveaux », estime Claire Courrèges, directrice générale de Domofinance.
Pierre Claudel, directeur général du Cetiat, a identifié plusieurs défis techniques à relever : transition vers des fluides frigorigènes à faible impact climatique ; gestion de l’acoustique des Pac, notamment en rénovation ; montée en compétence de toute la filière ; adaptation des infrastructures électriques.
En réponse à une question soulevée par l’assistance, les représentants du Cepac ont affirmé que le résidentiel individuel n’était qu’une partie du sujet et que le tertiaire et le collectif constituent aussi des priorités pour élargir le champ d’action du centre d’expertise.
Gamme d’outils
« L’objectif, c’est que l’ensemble de la filière utilise ces outils, tout ce qui sera produit par le Cepac sera gratuit », a indiqué Arnaud Kautzmann, délégué général du Cepac, lors de la présentation de la feuille de route du centre d’expertise. Cinq leviers ont été annoncés : sécuriser par la preuve ; démontrer les performances réelles des Pac ; homogénéiser la prescription (référentiels communs, outils partagés) ; faciliter le passage à l’acte ; élever la qualité des installations ; créer une dynamique collective. Concrètement, le déploiement territorial du Cepac va être lancé, ainsi que la refonte du site Internet comme plateforme technique. Différents outils vont être déployés, reprenant des ressources déjà existantes, notamment via l’Afpac ou via l’AQC avec qui le Cepac est actuellement en discussions, pour répondre aux problématiques techniques : acoustique, choix des Pac, réglage des lois d’eau, aide à la prescription. Des démonstrateurs vont également être mis en œuvre en région Aura et en Île-de-France, portant notamment sur du logement collectif et des copropriétés dont le raccordement a été refusé par des réseaux de chaleur.
Angle mort : le collectif
Simon Huffeteau, directeur Villes et Territoires de l’Ademe, a précisé que le soutien de l’agence de l’Etat dans le Cepac n’est « pas aveugle » et comporte une exigence sur la performance réelle et la qualité des installations, une montée en compétence obligatoire et des retours d’expérience terrain. « On a des enjeux de dimensionnement, d’installation et de configuration des dispositifs », a-t-il rappelé. Parmi les axes prioritaires : le logement collectif, un « angle mort » pour Simon Huffeteau, pourtant enjeu majeur de décarbonation.
Autre enjeu, industriel cette fois, avec la volonté commune de développer une filière européenne des Pac, dont la mise en place d’agrément des équipements fabriqués en Europe pour accéder aux bonifications CEE (lire l’article ici) est un premier pas important.

